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Les enjeux des forêts du Bassin du Congo Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Bassin du congoAvec une superficie de 227,61 millions d'hectares (FAO, 2005) le massif forestier du Bassin du Congo constitue la deuxième réserve de forêts denses et humides au monde, et 70% du couvert forestier dense et humide d'Afrique. Il abrite un capital unique de biodiversité avec près de la moitié des espèces terrestres connues : la République Démocratique du Congo (RDC) possède, à elle seule, 60% des espèces végétales et  animales répertoriées. Aux fonctions environnementales essentielles de ces forêts à l’échelle planétaire (maintien de la biodiversité, effet de serre, cycle de l’eau) s’ajoutent, pour les pays du Bassin du Congo, des enjeux économiques et socioculturels considérables : en République centrafricaine le secteur forestier représentait 9,7% du PIB en 1995 ; au Gabon, la filière bois emploie 28% de la population active. Dans ces pays, la forêt constitue l’habitat des millions de personnes qui en dépendent totalement pour leur survie. Au Cameroun, 80% de la population tire son énergie de la biomasse qui représente 64% de l’énergie consommée dans le pays.

La prise de conscience des enjeux des forêts tropicales du Bassin du Congo s'est nettement accélérée avec le Sommet de la Terre de Rio en 1992. La pression exercée par les ONG et les bailleurs de fonds internationaux a conduit les gouvernements à refondre leurs cadres juridiques et institutionnels, à se doter de cadres d’actions cohérents (Programmes nationaux de gestion environnementale, Plans d’action forestier nationaux, etc.) et à adopter progressivement des instruments de planification, de gestion et de surveillance modernes. Au niveau sous-régional, les Chefs d'Etat ont tenu un premier Sommet sur les forêts à Yaoundé en 1999, au cours duquel, ils ont adopté une importante Déclaration (Déclaration de Yaoundé) exprimant leur engagement pour la conservation et la gestion durable de leurs écosystèmes foretiers. Il convient de souligner que cette Déclaration a reçu le soutien des Nations Unies, à travers la résolution 54/214 de l'Assemblée générale invitant la Communauté internationale à appuyer la mise en oeuvre des résolutions contenues dans cette Déclaration. Au cours de leur deuxième Sommet sur les forêts, à Brazzaville en fevrier 2005, les Chefs d'Etat ont signé le Traité relatif à la conservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale.  Ce texte à valeur juridique et contraignante, engage les Etats de la sous-région à inscrire dans leurs priorités nationales, la conservation et la gestion durable des forêts ainsi que la protection de l’environnement. Plusieurs organes et processus sous-régionaux ont été mis en place : la Commission des forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) instituée par le Traité de Brazzaville, la Conférence sur les écosystèmes des forêts denses et humides d'Afrique Centrale (CEFDHAC), la Conférence ministérielle sur l’application des lois forestières et la gouvernance en Afrique (AFLEG), etc.

 De nombreux programmes et projets soutenus par la coopération internationale sont menés, avec une  implication accrue de la société civile. La dernière initiative majeure en date, sans doute la plus importante prise à ce jour, est le Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo, une initiative lancée en septembre 2002 lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg et soutenue par plus de 29 institutions, organismes internationaux et ONG sous l'égide des Etats-Unis, de la France, de l'Allemagne et de l'Afrique du Sud. Ce partenariat a pour objectif de contribuer à la gestion durable des ressources naturelles du Bassin du Congo et de promouvoir le développement économique, la réduction de la pauvreté et des inégalités et l’amélioration de la gouvernance en faveur des populations dépendantes des ressources naturelles.

Cependant, fondées sur le principe d'équilibre entre le développement et la conservation, c'est-à-dire d’une part le droit à tirer des revenus substantiels de l'exploitation de la forêt pour assurer le développement économique et social, et d’autre part la nécessité de préserver les ressources forestières pour contribuer à limiter la dégradation de l’environnement mondial, les politiques de gestion durable des forêts menées depuis près d'une décennie ont abouti à une véritable impasse : les réglementations sont devenues en théorie plus contraignantes, les programmes et les projets se sont multipliés, et pourtant, paradoxalement, l'exploitation anarchique de la forêt s'accroît à un rythme inquiétant, voire alarmant selon les ONG (dont les plus alarmistes parlent de « massacre à la tronçonneuse »), accélérant la dégradation et la destruction des écosystèmes.

En effet, La destruction des écosystèmes forestiers s'accélère sous l’effet conjugué de la pression démographique, de l’aggravation de la pauvreté et de l'action prédatrice de puissants groupes industriels qui contournent les réglementations et bénéficient de la complaisance des autorités. Selon la FAO, au Cameroun, près de 2 millions d'hectares de forêts furent perdus entre 1980 et 1995, près d'un dixième de la forêt existant en 1980. Les taux de déboisement au cours de cette période étaient en moyenne de 0,6%, ce qui représente le 2e taux le plus élevé de déboisement annuel dans le bassin du Congo (Global Forest Watch). La production forestière du Cameroun a triplé en 22 ans, passant de 1,2 millions de m3 en 1975 à 3,0 millions de m3 en 1997 ; 60% des espèces arbres sont menacées de disparition ; plusieurs espèces d'animaux dont le rhinocéros noir et le chimpanzé sont menacées d'extinction. Alors que les pouvoirs publics justifient l’expansion de l’exploitation forestière industrielle par les impératifs de développement économique et social, on constate paradoxalement que les régions forestières, dans lesquelles l’exploitation industrielle est pratiquée depuis des décennies (voire dans certains cas depuis le début de la période coloniale), restent parmi les plus pauvres (enclavement, manque d’infrastructure de base, faible scolarisation, faible couverture sanitaire, etc.).

On peut par conséquent s'interroger sur l'efficacité réelle des politiques et des actions menées, tant au niveau national que sous-régional et international, et engager un débat sur le nécessaire réajustement et remodelage de ces politiques. Pour certains acteurs forestiers, le principe d’équilibre évoquée plus haut, affirmé lors du Sommet de RIO et du Sommet des Chefs d'Etats d'Afrique Centrale sur la conservation et la gestion durable des forêts tropicales à Yaoundé, et sur lequel se fondent les nouvelles législations forestières nationales, constitue un leurre dans un contexte caractérisé par l’instabilité politique, l’insécurité alimentaire et l’aggravation de la pauvreté. Sur la question de la gouvernance forestière, si la plupart des Etats se dotés de réglementations forestières favorables en théorie à une gestion durable des forêts, on peut cependant déplorer le fait que ces règles peinent à être appliquées : à la faiblesse des capacités humaines, techniques et financières s’ajoute la corruption qui constitue aujourd’hui un des obstacles majeurs à l’application effective des nouvelles normes juridiques.

Au regard des enjeux multiples et du rôle des forêts tropicales dans la préservation de l’environnement mondial, la responsabilité de leur gestion durable devrait être globale et ne saurait par conséquent incombée aux seuls pays abritant celles-ci. Il s’agit d’une considération que les acteurs des pays du Bassin du Congo estiment légitime. La question de l’engagement et de la solidarité de la communauté internationale est ainsi posée. Mais suivant quels principes et quels mécanismes doivent-ils se fonder ?

Plus de 20 accords internationaux et 40 organismes intergouvernementaux s’occupent des forêts, selon le constat fait au cours de la session thématique sur la mise en oeuvre des engagements internationaux au XIIe Congrès forestier mondial. Cependant les principes adoptés dans le cadre de ces instruments sont essentiellement non contraignants, et par conséquent, ne peuvent pas suffisamment infléchir les tendances actuelles. L’idée d’une convention mondiale sur les forêts, élaborée suivant un processus ouvert et transparent, et s’appuyant sur les engagements existants (Déclaration Principes de RIO sur la gestion, la conservation et l’exploitation écologiquement viable de tous les types de forêts, Propositions du Forum des Nations Unies sur les forêts, Partenariat de collaboration sur les forêts, etc.), est préconisée par un nombre croissant d’experts. Elle a été évoquée lors du XIIe Congrès forestier mondial. Une convention mettrait en place des mesures plus coercitives susceptibles de maîtriser le rythme de déforestation en limitant par exemple les volumes d’exploitation. Cependant elle n’obtiendrait pas l’adhésion des pays forestiers si elle n’établit pas un système de compensation ainsi que des mécanismes alternatifs permettant aux populations et aux Etats de limiter l’impact économique et social de la diminution de l’exploitation des ressources forestières.

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