
En rentrant chez moi hier soir j'ai été fort irrité de trouver que mes petits frères ont décidé d'abattre un goyavier qui se trouve, avec d'autres arbres fruitiers, à l'entrée de notre maison. « Pourquoi l'avez vous abattu ?» leur ai-je demandé. « C'est parce que c'était acide (les goyaves) et on ne voyait pas à quoi ça servait »! Ce qui me frappait davantage et m'énervait tout aussi c'était de lire sur les visages la surprise devant ma réaction : tout ça pour un petit arbre semblaient t-ils dire. Alors, je leur ai demandé s'il était possible de faire pousser ce « petit arbre » en quelques minutes, c'est-à-dire le temps qu'ils ont mis pour l'abattre. Et ensuite en quoi la présence (l'existence, la vie) de ce goyavier était-il un problème pour la leur ? Bien sûr je n'ai pas eu de réponse. Or peut être aurions-nous moins d'inquiétudes aujourd'hui sur le devenir de notre planète si nos rapports avec la nature intégraient ce questionnment qui me paraît fondamental.
En effet, cette façon de ne pas mesurer la valeur des autres vies (végétales, animales, etc.) qui nous entourent et qui contribuent à maintenir la nôtre traduit bien le rapport de mépris persistant que nous entretenons avec la nature et qui nous a conduit à l'impasse actuelle. On coupe un arbre en quatre ou cinq minutes sans même se rendre compte qu'il a pris des années à grandir, à essayer de vivre aussi, qu'il joue, in fine, un rôle sans doute ingrat dans la préservation des conditions naturelles qui permettent à la vie humaine de se maintenir sur la terre. Si l'on se disait que l'arbre est aussi une vie alors peut être le couperions-nous seulement par nécessité, c'est-à-dire si c'est utile à notre vie. Et il faut dire ici que la notion de nécessité ou de besoin n'est pas aussi relative qu'on le pense, dès lors qu'on peut s'accorder sur le fait qu'il existe bel et bien au plan biologique des besoins élémentaires nécessaires à la vie, indépendamment du contexte social ou culturel. Par conséquent, si l'on adopte une attitude écologique alors il faut avant tout situer le besoin ou la nécessité sur le plan biologique. Faire rentrer ces notions dans le champ psychologique ou le contexte socioculturel comporte des risques de glissements qui sont difficiles à maîtriser.
C'est forcément plus affligeant lorsque les jeunes perpétuent ce mépris pour la nature. Peut être le font-ils aussi par ignorance. C'est pour cela que j'ai essayé une démarche pédagogique en faisant comprendre à mes jeunes frères l'importance d'un arbre, même s'il produit des fruits acides ! Je leur ai dis qu'il n'y a aucune raison d'ôter une autre vie tant que cela n'est pas nécessaire pour notre survie. Lorsque nos ancêtres tuaient un animal, ils s'inclinaient devant la dépouille et demandaient pardon en expliquant qu'ils l'ont fait par nécessité, pour s'alimenter. C'est ce respect qu'ils avaient pour la vie qui nous a permis d'hériter d'eux cette diversité de minéraux, de plantes, d'animaux dont la musicalité des interrelations maintient l'équilibre de notre planète. J'espère leur avoir fait comprendre, et peut-être aussi à d'autres jeunes qui liront ce blog qu'il faut couper un arbre (si insignifiant paraît-il) lorsque c'est nécessaire, mais mieux encore il faut en planter.
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire.
SVP, connectez vous ou enregistrez vous.