Barack Obama vient d’être élu 44e président des Etats-Unis d’Amérique, la première puissance du monde, qui, que l’on le veuille ou non (et on l’aura mieux compris encore avec Bush), a plus que tout autre pays, le pouvoir de déterminer le destin de notre planète sur le plan géopolitique, économique et écologie, d’inspirer la paix ou la guerre. C’est un moment historique. Qui devrait porter tous les peuples du monde à l'introspection. Qu'une grande nation, qui mit des millions de personnes en esclavage, qui, il y a seulement encore quelques décennies (c’est-à-dire pas grand chose sur l’échelle de l’histoire), refusait les mariages mixtes, pratiquait la ségrégation raciale dans les transports, les écoles, choisisse de porter triomphalement à sa tête un noir (opprimé d’hier), montre que le mal, l'intolérance et les souffrances infligées aux autres ne sont pas nécessairement le destin de l'humanité ; qu'un monde porté par d'autres valeurs est possible. Ceux qui pensent le contraire se sont toujours employés, à dessein, à faire passer les autres pour des naïfs, des idéalistes. Le message donné au monde par ces millions d'américains, qui ont transcendé les préjugés et les haines portés par leurs pères contre une race, est aussi que nous ne devons pas avoir peur d'affirmer notre naïveté et notre idéalisme. Nous devons soutenir que l'intolérance, si souvent érigée en réalité structurante, n'est pas l'unique perspective de l’espèce humaine. Méditons ce message de félicitations de Nelson Mandela à Barack Obama : "Votre victoire démontre que personne dans le monde ne doit avoir peur de rêver de changer le monde pour le rendre meilleur".
C'est un moment historique, car arrivant à une période de doute pour un monde confronté comme jamais à une violence macabre (souvent instiguée d'ailleurs par des Etats démocratiques, et par des groupuscules et des individus mus par un instinct et un dessein de destruction), à une crise écologique grave qui s'accentue, à des inégalités sociales déchirantes, etc. Cette élection, le temps d'un instant, transforme ce doute en espoir. C'est un instant de répit, où nous ne devons pas avoir peur de rêver, d'espérer, quitte à passer pour des naïfs et des idéalistes. Mais nous avons besoin de rêves avec leur part de naïveté, c'est notre opium, notre énergie primaire. C'est aussi grâce au rêve de paix que la guerre froide ne s'est pas achevée dans un apocalypse nucléaire ; au rêve de liberté que le monde s'est affranchi des totalitarismes. Combien, il y a un an, ont pensé naïf de croire que Obama serait élu président des Etats-Unis ?
Montrons à nos enfants qu'il n' y a pas que le mal en nous. Il y a aussi cette part de bien que nous devons saisir pour des promesses nouvelles. Le bien peut aussi triompher. Dans quatre ans nous verrons si la promesse née aujourd'hui deviendra réalité. En attendant, laissons nous aller à cette émotion, même jusqu'aux larmes !
Et comme des millions peut être des milliards d'hommes et de femmes dans le monde, je souhaite bonne réussite à Obama. Qu'il n'oublie pas le poids des attentes suscitées, partout, dans de nombreux domaines comme l'écologie pour laquelle je milite. Qu'il ait en esprit que les espérances qu'il a fait naître sont à la hauteur du désaroi des peuples depuis quelques années. Il est vital qu'il en soit aussi à la hauteur.
Plus de 15 ans après son initiation, le projet de premier satellite de télécommunications panafricain (RASCOM) connait enfin un heureux aboutissement. Vendredi 21 décembre dernier, ce premier satellite panafricain a été mis en orbite avec succès par la fusée Ariane. Les 45 pays africains qui ont participé à sa mise en place et à son financement verront leurs services de téléphonie fixe, de diffusion de télévision directe et d’accès Internet étendus, en particulier dans les zones rurales. Grandes oubliées de la révolution mondiale des TIC, la plupart des ces zones peinent encore à avoir simplement accès aux chaines nationales de radio ou de télévision. L’exploitation de ce premier satellite (d’autres sont prévus) commencera au premier trimestre 2008 avec l’installation de centres de contrôle au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Libye et en Gambie.
Au delà de la fierté de disposer d’un satellite (indépendance technologique) même sur le tard par rapport à d’autres pays ou régions (mais vaut mieux tard que jamais), rappelons que l’impact économique de ce projet est considérable : l’utilisation de ce satellite permettra aux pays africains d’économiser pas moins de 500 millions de dollars par an, montant qu’ils versaient aux opérateurs étrangers pour le transit de leurs communications, y compris les trafics nationaux et régionaux. Le lancement de Rascom rompt aussi avec le fait qu’en matière de TIC en Afrique, en une dizaine d’années, on a tellement discouru (innombrables colloques, conférences internationales et nationales, discours officiels, etc.) qu’agit effectivement qu’on désespérait de voir se réaliser des projets structurants de grande envergure, permettant de développer concrètement ces technologies.
Une bonne nouvelle donc en cette fin d’année, qui entretient sans doute l’espoir de voir enfin le continent s’approprier ces technologies et les mettre au service du développement économique, social et culturel.
Pour réaliser certains composants électroniques utilisés dans la fabrication des téléphones portables, des ordinateurs, des caméras vidéos mais aussi des systèmes hautement spécialisés comme les satellites et les réacteurs, on utilise un minerai plutôt rare et précieux (ce qui lui vaut le nom d’or gris) : le coltan. Pour certains de ces produits technologiques il n’existe pas d’alternative au tantale extrait du coltan, en particulier pour les appareils de communication sans fil en plein essor. Un reportage de Radio-Canada rapporte qu’en 2000 une pénurie mondiale de tantale empêcha la firme japonaise Sony de fabriquer sa plate-forme de jeu vidéo Play Station 2 en quantité suffisante pour satisfaire la demande.
L’Afrique, à elle seule, posséderait 80 % de ce minerai, réparti notamment dans la zone des grands lacs (les deux Congo – d’où viendrait d’ailleurs le mot coltan - ayant plus de ¾ des réserves africaines). L’Europe et les Etats-Unis principaux consommateurs du coltan n’en détiennent (contrairement au pétrole ou au gaz) aucune réserve. Le rôle clé du coltan dans les secteurs économiques les plus florissants au monde depuis une quinzaine d’années, qui génèrent des chiffres d’affaires astronomiques (des centaines de milliards de dollars par an), aurait donc pu permettre aux pays africains producteurs de peser sur les marchés parmi les plus stratégiques et juteux de planète et de disposer d’une source de revenus importante pour leurs économies. Mais comme toujours en Afrique, ce minerai sème plus de désolation que de valeur ajoutée économique et sociale.
Une enquête diffusée récemment sur Canal + s’est intéressée à la production et au commerce du coltan au Congo (RDC). Elle montre que l’exploitation, faite de manière artisanale, emploie des adolescents qui travaillent sans aucune sécurité, alors que le minerai est radioactif (il contient l’uranium à petites doses). De plus, elle se fait essentiellement dans les zones de guerre, en particulier celles tenues par les rebelles. Ces derniers sont les véritables bénéficiaires de l’envolée des prix du coltan au cours de ces dernières années, consécutive à l’explosion de la téléphonie mobile (plus de 3 milliards de mobiles fonctionneraient dans le monde). Ce qui, comme les diamants du Libéra, leur permet de financer la guerre, une guerre qui dure depuis une dizaine d’années et qui a causé la mort de plus de trois millions de personnes, des atrocités qualifiées de véritables crimes contre l’humanité, la dévastation des écosystèmes forestiers et certains animaux comme les gorilles. Pour certains analystes, le coltan serait l’un des enjeux de la régionalisation du conflit du Congo avec l’implication des pays comme le Rwanda et l’Ouganda.
Vivement que des mécanismes internationaux effectifs se mettent en place pour contrôler la production et la commercialisation du coltan au Congo, que « nous touchons » d’une certaine manière à travers nos portables ou nos ordinateurs, afin qu’il ne devienne pas le « coltan du sang » comme les « diamants du sang » (« blood diamonds ») du Liberia et de la Sierra Léone ! Et que quelques uns d’entre nous, acquéreurs ou utilisateurs de téléphones mobiles, ne se sentent pas indirectement complices du commerce d’un minerai qui finance encore la mort au Congo.
Lire l’excellence enquête « La route commerciale du coltan congolais : une enquête » du GRAMA (Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique) : http://www.unites.uqam.ca/grama/pdf/Martineau_coltan.pdf
J'ai participé, au cours de ces dernières semaines, dans le cadre du Réseau d'Information pour le Développement Durable en Afrique Centrale (RIDDAC), à l'élaboration et la publication d'un recueil de textes juridiques sur les forêts et l'environnement au Cameroun. Cet ouvrage, qui a été présenté le 28 juin dernier au Centre Culturel Français de Yaoundé, est une compilation des lois, décrets, arrêtés et décisions ministérielles pris depuis une dizaine d'années pour réglementer la gestion des écosystèmes forestiers, la biodiversité et l'environnement au Cameroun.
Un des aspects de ces lois qui m'a singulièrement frappé est le régime de sanctions particulièrement sévères qu'elles prévoient contre les auteurs des atteintes à l'environnement et des pratiques d'exploitation frauduleuse et abusive des ressources naturelles. Dans la plupart des cas, ils sont passibles de peines privatives de liberté et/ou des amendes qui vont à des dizaines de millions de FCFA. Tenez par exemple : « Est punie d'une amende de cinquante millions à cinq cent millions de FCFA et d'une peine d'emprisonnement à perpétuité, toute personne qui introduit des déchets toxiques et/ou dangereux sur le territoire camerounais » ; ou encore : « Est punie d'une amende d'un million à cinq millions de FCFA et d'une peine d'emprisonnement de six mois à un an ou de l'une de ces deux peines seulement, toute personne qui pollue, dégrade les sols et sous-sols, altère la qualité de l'air ou des eaux, en infraction aux dispositions de la loi sur l'environnement. En cas de récidive, le montant maximal des peines est doublé ».
N'ayant jamais lu ces textes de lois jusqu'ici (bien que militant depuis une dizaine pour la cause écologique, c'est-à-dire environ l'âge qu'ont ces lois), j'ai été surpris, de lire que l'on peut faire de la prison à vie en portant atteinte à l'environnement au Cameroun ! Ceux à qui j'en ai parlé autour de moi (y compris des membres des ONG et des associations environnementales) se montraient encore plus interloqués.
Je me réjouis naturellement du fait que le législateur ait accordé aux atteintes à l'environnement les mêmes réponses pénales et civiles que les crimes les plus crapuleux. Seulement en poussant mes recherches plus loin je me suis rendu compte qu'aucune sanction de ce type n'a jamais été prise par une juridiction camerounaise. Pourtant, des villes comme Douala ont souvent servi de dépotoir des déchets toxiques introduits sur le territoire en violation de la loi ; dans cette même ville, des usines (brasseries, savonneries, sucreries, etc.) polluent sans êtres inquiétées. Un exemple récent : en 2005, 5.600 litres de chlore avaient été abandonnés dans un village de la banlieue de Douala. Pour s'en débarrasser, les autorités avaient choisi de dissoudre le chlore en mer mais l'opération a viré au drame: un soldat a été tué et une dizaine d'autres blessés lors d'une explosion accidentelle. Aucune poursuite judiciaire ne fut engagée.
On peut donc déplorer la non-application des lois forestières et environnementales censées être des instruments fondamentaux pour lutter contre la surexploitation actuelle des ressources naturelles et les pollutions et autres dégradations de l'environnement. D'où l'appel à des mesures politiques et institutionnelles pour que la loi soit appliquée.
De manière générale et plus globale, ce type de difficultés illustre bien le décalage qu'il y a aujourd'hui entre le discours politique national et international, les engagements que la communauté internationale ne cesse de prendre depuis au moins 35 ans avec la Conférence de Stockholm de 1972 (traités, conventions, déclarations, législations nationales, etc.) et les réalités sur le terrain qui n'évoluent pas beaucoup. Les lois nationales, les traites et conventions internationales n'ont de sens et d'intérêt pour la société que si elles peuvent apporter des réponses concrètes à des crises comme celle vers laquelle l'humanité fonce à grande vitesse.
Yaoundé, la capitale du Cameroun, vit à nouveau des délestages électriques. Pour faire simple, ces délestages sont la conséquence directe du déficit de l'offre de l'énergie dont souffre le pays depuis quelques années, faute d'avoir anticipé la demande (dont la croissance était pourtant prévisible à cause des facteurs tels que la poussée démographique) ou d'avoir diversifié les sources de production de l'électricité, en misant par exemple sur les énergies renouvelables comme le solaire (soulignons qu'avec une moyenne d'ensoleillement doublement supérieure à celle de nombreuses régions dans le monde, l'Afrique est le continent le mieux dotée pour tirer parti de l'énergie solaire). Ce déficit conduit donc la société nationale d'électricité à rationaliser la distribution. Résultat, des quartiers entiers de la ville se retrouvent privés d'électricité durant des heures et presque quotidiennement pour certains d'entre eux. Mais ce rationnement de l'énergie électrique ne se limite plus à la ville de Yaoundé : il touche aujourd'hui de nombreuses autres grandes villes d'Afrique subsaharienne (Dakar, Cotonou, Conakry, Douala, Accra, etc.) et est encore plus systématique dans les villes secondaires. Ainsi, comme des millions d'autres citadins africains, je broie du noir (hier la coupure à durée de 13h à 01h du matin !) et j'ai d'autant plus de mal à supporter cette situation qu'utilisant essentiellement l'ordinateur comme outil de travail, mon rythme de travail s'en trouve considérablement affecté. Aux coupures s'ajoutent d'ailleurs d'autres perturbations comme les surtensions qui m'ont déjà coûté un onduleur.
Parlant justement de l'ordinateur, lorsqu'on s'ennuie fiévreusement, non sans pester contre « le système », à regarder son outil de travail éteint durant des heures à cause du rationnement de l'électricité, lorsque des sites web que l'on héberge se retrouvent régulièrement indisponibles faute de courant électrique, on mesure mieux cette assertion qui va pourtant de soi : les TIC ne marchent pas sans électricité ! Mais si cela paraît tellement évident que l'on finit même par l'oublier dans les pays développés où ces problèmes ont été réglés (au moins pour ce qui concerne la satisfaction quantitative de la demande) depuis un ou deux siècles, il est surprenant de constater que les politiques TIC en Afrique effleurent à peine les facteurs sociopolitiques et culturels ainsi que les conditions technologiques de base et structurantes qu'il faut maîtriser au préalable, pour amorcer un développement réel et non en trompe l'oeil de ces nouvelles technologies. J'ai été presque stupéfait de constater que le problème de l'énergie n'apparaissait nulle part dans le Plan d'action de Génève et l'Agenda de Tunis sur la société de l'information qui se focalisent pourtant sur les pays du Sud. Or ce Plan parle de connecter des villages en Afrique, de créer des télécentres communautaires dans les zones rurales, alors que dans la capitale d'un pays comme le Cameroun, je dois croiser les doigts à longueur de journée pour qu'une coupure de courant électrique ne viennent pas me déconnecter d'Internet !
On n'a jamais parlé de la « fracture énergétique » entre le Nord et le Sud avec autant de ferveur que de la « fracture numérique ». Il n' y a pas eu dans l'histoire des Nations unies un Sommet mondial sur l'energie, à la dimension des deux (!) consacrés à la société de l'information à Génève (2003) et à Tunis (2005). Pourtant cette fracture énergétique est toujours là, deux siècles après la mise en place des premiers réseaux de distribution de l'électricité au Nord ! Loin de moi l'idée de considérer que nous devons attendre de maîtriser l'infrastructure énergétique avant d'amorcer le développement des TIC. Cependant, il n'existe pas de saut technologique possible entre l'électricité et l'informatique et Internet. Ces dernières technologies sont totalement dépendantes de la première qui doit être maîtrisée en amont, sans aucune alternative possible. Je n'hésite donc pas à dire que la question de l'énergie est prioritaire par rapport à celle des TIC et que cela devait se traduire dans la programmation des ressources propres ou extérieures des pays par une affectation plus importante des moyens disponibles au développement quantitatif et qualitatif de l'offre, au détriment des TIC si nécessaire. Car, c'est même un préalable au développement des TIC en Afrique.
Mon blog est désormais fonctionnel ! Je le dois à François Ossama, le Président du Riddac à qui je dis merci pour cette tribune. Je souhaite y partager avec vous ma passion pour mon métier, la documentation, mais aussi mon point de vue sur les questions environnementales, culturelles, politique, etc, qui rythment notre époque.
Je souhaite surtout apporter un autre regard sur les métiers de l’information documentaire, un point de vue plus africain. L’Afrique, avec sa culture de l’oralité qui fait que les métiers de l’information documentaire qui reposent sur le document, l’écrit, sont un peu considérés comme les métiers des autres. Mais l’oralité de nos traditions ne peut à elle seule expliquer le peu d’intérêt accordé aux métiers de l l’info doc.
La documentation est pour l'opinion, avec certaines autres disciplines telle la psychologie, des métiers « contournables ». C'est-à-dire sans lesquelles la société peut continuer de fonctionner. A la différence d’autres métiers dits incontournables. Par exemple, on a indiscutablement besoin d’un médecin pour se soigner, d’un gendarme pour assurer l’ordre public, d’un enseignant pour instruire les masses etc. Pour beaucoup chez nous, la documentation s’apparente à un métier de luxe. Qui peut intervenir à la fin, après que l’on se soit occupé de ce qui est primordial.
Seulement, que seraient les médecins et les universités qui forment médecins et enseignants sans bibliothèques. Que serait le gendarme sans les fichiers d’archives ? C’est d’une transformation des mentalités qu’il s’agit, pour donner à ces métiers la place primordiale qu’ils méritent au sein de nos sociétés.

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