Le Sommet sur les changements climatiques de Copenhague s’est achevé dans une certaine confusion, avec un accord minimum, non juridiquement contraignant. Il faut souligner que cet accord, dont les contours finaux ont été délimités par la Chine et les Etats-Unis, n’a pas été entériné formellement. A l’heure du bilan, je dirais plutôt que l’intérêt de ce sommet aura finalement été plus géopolitique qu’écologique, car Copenhague a surtout confirmé le poids (que l’on mesure depuis la crise économique) pris par la Chine sur la scène internationale. Désormais, l’axe entre la Chine et les Etats-Unis (que l’on appelle déjà G2) structurera la diplomatie internationale et ses décisions importantes. En tout cas, pour ce qui concerne les négociations sur le climat, le Sommet de Copenhague a clairement montré que leur issue ne dépend plus uniquement que de la position des Etats-Unis mais aussi de celle de la Chine. Or, sous leurs divergences apparentes, ces deux pays ont construit à Copenhague une alliance objective qui a bloqué l’intérêt écologique même de l’accord. Il importe donc de bien comprendre les logiques sous-jacentes, pas toujours affirmées dans les tribunes internationales, qui sous-tendent le tandem Chine-Etats-Unis.
En réalité même si les stratégies de ces deux pays visent des objectifs différents (l’un en quête de leadership économique et géopolitique et l’autre voulant le conserver), elles se fondent sur des logiques similaires qui rendent pratiquement impossible à court et à moyen termes l’adoption et l’application d’un accord ambitieux sur le climat. J’entends par accord ambitieux, un accord contraignant, basé sur les objectifs de réduction des émissions formulés par les scientifiques (1) et doté de mécanismes de contrôle et de sanctions (à l’exemple de ceux en vigueur à l’OMC). Même si un tel accord était trouvé et adopté, je ne miserai pas non plus sur son respect ; le protocole de Kyoto présente un bilan mitigé, il est donc difficile d’imaginer qu’un accord (qui, rappelons le, n’aurait évidement de sens que s’il est contraignant et vise les objectifs écologiques définis par les scientifiques) pris dans son prolongement soit globalement appliqué. On insiste beaucoup sur le fait que les américains n’ont pas ratifié Kyoto, mais il faut aussi de préciser que peu de pays qui ont signé ce protocole ont pu tenir leurs engagements. Le refus des chinois d’accepter tout mécanisme d’inspection ou de contrôle international des émissions de GES (un des points de friction avec les américains à Copenhague) montre bien que certains pays veulent se réserver une marge de flexibilité dans la mise en œuvre d’un éventuel accord contraignant.
Pourquoi il n’y aura pas un accord ambitieux ? Les américains, sans lesquels un engagement international sur le climat n’aurait évidement pas de sens, ne veulent pas prendre le risque d’un changement brutal du paradigme économique actuel – d’où, après tout, ils tirent les leviers de leur superpuissance – imposé par un engagement international, qui les contraindrait à adopter des mesures d’atténuation dont ils présument qu’elles pourraient éroder la compétitivité de leur économie et de leur leadership. Ils préfèrent opérer une transition en douceur et parfaitement maîtrisée d’eux-mêmes (c’est très important d’insister sur ce point) vers un paradigme économique écologique ou durable (ce qu’on appelle économie verte), dont ils seraient le moteur et qui leur permettrait de conserver un avantage compétitif leur garantissant le maintien de leur suprématie économique. Or justement, l’écologie ouvre un nouveau cycle industriel et économique qui pourrait déterminer le leadership économique de demain. La stratégie américaine sur le climat se fonde donc uniquement sur un réalisme économique à court et moyen termes et des logiques capitalistes classiques qui ont pour but de transformer les contraintes écologiques en aubaines pour leur croissance : plutôt que d’imposer à leur industrie des normes environnementales contraignantes édictées par un traité, ils préfèrent voir dans l’adaptation et l’atténuation aux changements climatiques un nouveau marché. Cette approche est donc très éloignée de l’idéologie écologique originelle qui questionne le modèle consumériste et prône la décroissance. Cette stratégie américaine est déjà implémentée : les américains, tout en refusant de signer Kyoto et tout autre accord international contraignant sur le climat, investissent aujourd’hui massivement dans les technologies vertes ; après le numérique, la Silicon Valley s’est engagée dans un nouveau cycle d’innovation sur les produits et services verts, (biocarburants, solaire, voitures propres, etc.), réussissant à attirer d’importants capitaux qui parient désormais sur des start-up écologiques. C’est ainsi que les Etats-Unis ont déjà pris une avance dans les technologies vertes. Selon une étude du WWF, intitulée « Economie propre, planète vivante » les Etats-Unis, avec l’Allemagne, sont, en termes de revenus générés, les deux principaux bénéficiaires des technologies vertes.
Ces logiques économiques, qui sous-tendent la position américaine depuis des années, sont aussi partagées par les chinois. En effet, autant ils se sont engagés, comme les américains, dans la course aux technologies et à l’économie vertes (selon l’étude du WWF précitée, la Chine se classe en 4e position dans les ventes de ces technologies derrière l’Allemagne, les Etats-Unis et le Japon), autant ils considèrent qu’une reconversion à marche forcée de leur économie, surtout en matière d’énergie (la Chine tire encore 70% de son énergie du Charbon), a un coût qui, selon eux, pourrait entraîner un fléchissement de leur croissance. Ils préfèrent donc, comme les américains, choisir leur rythme, qui ne bouscule nullement les fondements structurels de leur essor économique, même si ceux-ci, (comme le maintien d’une industrie du charbon particulièrement polluante) ont un impact considérable sur l’environnement. Parallèlement, dans une perspective purement économique voire capitaliste, et conscients, comme les américains, de ses enjeux importants, ils se lancent dans la bataille pour tirer partie des opportunités de la nouvelle économie verte. Ce n’est donc pas un hasard si le programme de relance économique chinois consacre 38% des dépenses prévues aux technologies vertes.
Pour résumer cette analyse, contrairement à l’opinion répandue, les dirigeants et stratèges américains et chinois sont bien conscients de l’impasse écologique vers laquelle se dirige notre planète. Mais ils considèrent que les enjeux et les risques liés à cette impasse se posent, pour eux, à plus long terme. Or, à l’heure actuelle et à moyen terme, ils sont et resteront les deux principaux bénéficiaires du modèle techno-économique qui est le vecteur du réchauffement de la planète et qui est implicitement mis en cause par les textes comme le protocole de Kyoto : les Etats-Unis bien qu’en difficulté sur le plan économique restent la première puissance mondiale ; la Chine a la plus forte croissance au monde et est en passe de ravir la place de deuxième puissance économique au Japon. Par conséquent, ces deux pays considèrent que leur intérêt à court et moyen termes est de retarder les processus contraignants qui implicitement touchent aux fondations de leur domination pour l’un, de leur quête de développement pour l’autre. La stratégie de ces deux pays est plutôt de déplacer, in fine, les enjeux écologiques sur le terrain économique, grâce à l’économie verte. Plutôt que d’adhérer à un à accord international pour lequel ils considèrent n’avoir aucun intérêt national, c’est par les technologies et l’économie vertes, prises dans des logiques capitalistes classiques, qui leur offrent des opportunités économiques, que ces deux pays essayeront de gérer la question des changements climatiques (même l’administration Bush défendait cette vision).
A cette analyse, on pourrait objecter que la question des enjeux économiques (spécifiques aux pays développés) d’un accord contraignant sur le climat se pose aussi bien aux Etats-Unis qu’à l’Europe qui, bon élève de Kyoto, est plus résolue à changer de paradigme. Il y a notamment le risque de décrochage ou de perte de compétitivité des entreprises des pays appliquant cet accord par rapport à ceux ne qui ne respecte pas (des voix dans le patronat français se sont récemment élevés à ce propos). Cependant, il se trouve que pour des raisons géographiques ou spatiales, culturelles ou de mode de vie (qui tranche avec le mode de vie américain ou « l’american way of life ») la conscience écologique et l’écologie politique se sont rapidement imposée en Europe, en particulier en Allemagne et dans les pays scandinaves. De sorte que contrairement aux américains, le vieux continent, a pris le risque de répondre au défi écologique nonobstant les contraintes économiques potentielles. Cette attitude moralement louable n’est pas partagée par les américains.
Si les technologies vertes constituent à la fois un moyen d’adaptation et d’atténuation, elles ne peuvent pas, seules, enrayer les tendances révélées par les scientifiques, qui arrivent à leur seuil d’irréversibilité. Même si, avec les moyens technologiques et industriels que nous disposons aujourd’hui, les changements de paradigme peuvent s’opérer à un rythme accéléré (comme on l’a vu avec la révolution numérique), il faudra du temps pour que les produits écologiques (véhicules propres, énergies renouvelables, etc.) touchent une masse critique pour en espérer un impact systémique sur les tendances climatiques.
Le problème est que le temps, certains pays du monde n’en disposent plus. Car pour eux ce n’est même plus une question de générations futures. Les réfugiés climatiques existent bel et bien déjà ; à cause de l’érosion de leur côte, 2500 habitants d’une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée seront bientôt transférés vers l’intérieur du pays. Les glaciers du Kilimandjaro auront disparu d’ici 15 ans posant un sérieux problème de ressources en eau à des millions d’habitants d’Afrique australe. C’est là naturellement que l’on mesure l’égoïsme des nations qui ont dans leurs mains la clé d’un véritable accord sur le climat.
(1) Pour les scientifiques du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec), il faut impérativement limiter l’augmentation de la température moyenne de la planète à 2°, car au delà de ce seuil, les conséquences seraient dramatiques et irréversibles (ils évoquent même l’extinction de 30% des espèces végétales et animales). Or pour éviter d’atteindre ce seuil, il faut une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’ordre de 40% d’ici 2020 par rapport à leur niveau de 1990
Le Sommet des Nations Unies sur les changements climatiques s’est ouvert à Copenhague, avec dans son agenda la négociation d’un accord international qui devra succéder au Protocole de Kyoto expirant en 2012. Après plusieurs mois d’âpres négociations, tant au niveau des experts qu’au niveau politique, et malgré l’impressionnante médiatisation qu’a bénéficié ce sommet, les leaders du monde, ramant souvent à contre-courant de leurs opinions publiques peinent toujours à trouver un consensus sur deux points fondamentaux : les objectifs de réduction des émissions (au moins de 40% d’ici 2020 par rapport à 1990, car pour les scientifiques, en deçà de ce taux on atteindrait le point de non retour avec des effets irréversibles) et l’aide à apporter aux pays en développement (estimée à 110 milliards d’euros par an). On ne peut pas dire, au moment où s’ouvre ce sommet, quelle en sera l’issue. S’il est admis aujourd’hui que « la maison brûle » pour reprendre l’expression de l’ancien Président français Jacques Chirac lors du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002, et que la responsabilité de l’homme est majeure dans ce désastre (il y a donc lieu de se féliciter des progrès dans la prise conscience par rapport à il y a dix ans), les résistances à l’action restent tenaces, aussi bien chez les riches que les pauvres. C’est à une véritable partie d’échecs que semblent s’être engagés les pays de la planète, chacun s’arc-boutant sur des considérations culturelles, géostratégiques ou économiques (qui ne cadrent pourtant pas toujours avec leurs intérêts à long terme).
Pour les Etats-Unis, ce ne sont pas seulement les enjeux économiques qui constituent le point de blocage et expliquent un jusqu’au-boutisme qui les a conduit à refuser de ratifier Kyoto, aussi bien sous une administration et un congrès démocrates que républicains. C’est aussi, et on l’a souvent malheureusement peu souligné, les motivations culturelles qui expliquent la position américaine, car dans cette question du climat, la perspective d’une remise en cause de leur mode de vie (l’American way of life) avec ce qu’il comporte comme excès, effraie bon nombre d’américains. Les chinois et les indiens, de leur côté, sont engagés dans une course effrénée au développement, sur les mêmes fondations que le modèle occidental, alors qu’ils auraient pu tirer les leçons des erreurs de ce dernier et proposer des paradigmes alternatifs. Dans ce schéma, ils opposent leur droit au développement à la protection de l’environnement, en considérant que des objectifs trop contraignants peuvent compromettre leur croissance. Pour les autres pays en développement ou pauvres, l’équation est encore plus simple : c’est aux pays industrialisés de payer l’addition, car ils ont une responsabilité historique dans la crise environnementale. Ils ont une dette écologique qu’ils doivent aujourd’hui honorer.
Je suis de ceux qui pensent qu’il faut nécessairement prendre en compte les enjeux sociaux de la question environnementale dans son ensemble (pas uniquement celle du réchauffement climatique), car il est évident, à moins de remettre en cause les logiques et les finalités sous-jacentes mêmes du développement tel qu’il a été construit et reproduit jusqu’ici (ce dont je ne suis pas contre!), il faut considérer que la préservation de l’environnement a un coût social. Or l’une des faiblesses des conventions internationales actuelles sur l’environnement est qu’elles intègrent insuffisamment des mesures d’accompagnement à l’adaptation, surtout dans les pays pauvres. Je milite donc pour une solidarité entre les pays, quoique les modalités soient difficiles à définir ; néanmoins le programme REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation) est, à ce sujet, un exemple de mécanisme de compensation des efforts de conservation des forêts tropicales à encourager.
Cependant, en tant qu’écologiste, je considère que les pays en développement commettent une erreur historique majeure et une faute éthique en faisant de ce principe de solidarité un objet de chantage et de marchandage, qui donne l’impression qu’ils n’ont rien à perdre. C’est justement la meilleure manière de prendre aux pays riches une part de leur responsabilité devant l’histoire et les générations futures.
Teddy Goldsmith, une des figures les plus marquantes du mouvement écologique, s’en est allé le 21 août dernier à l’âge de 80 ans. Militant écologique et naturaliste de la première heure, il fonde la revue The Ecologist en 1969. Il publie le « Le Tao de l’écologie, une vision écologique du monde » (1), une référence dans la critique du modèle philosophique qui a conduit l’humanité dans l’impasse socio-environnementale actuelle.
Cet ouvrage, qui est l’un de mes livres de chevet, est un plaidoyer pour une approche holistique ou systémique du monde, qui considère la Terre, Gaïa, comme un tout vivant. Car pour Teddy, c’est la conception opposée (réductionniste et mécaniste), formulée par Newton, Descartes et les autres, qui a posé les fondations d’une construction socio-économique et culturelle peu respectueuse de tous les autres éléments et composantes de la Vie, entrainant leur destruction (qui, ultimement entrainera d’ailleurs la nôtre !). Il prône également dans ce livre une plus grande considération pour les modèles de pensée des peuples indigènes (appelés primitifs par l’intelligentsia occidentale), dont il assume d’ailleurs le fait d’y tirer son inspiration, car certains de ces peuples ont réussi à vivre en parfaite musicalité avec leur environnement pendant des millénaires. Nous devrions nous ré-approprier ces paradigmes indigènes pour sauver notre planète. Ce point constitue l’une de ses convictions les plus profondes, exprimées tout au long de sa vie.
Goldsmith est resté l’un des tenors du courant écologique conservateur, en phase avec ceux qui considèrent que le concept de développement durable est un compromis politique qui a dévoyé les aspirations écologiques fondamentales.
Je rends ici hommage à ce homme exceptionnel (que certains appellent le « grand-père de l’écologie ») qui a consacré sa vie et sa fortune à la préservation de la nature. Notons que le journal l’Ecologiste du mois de novembre 2009 lui sera consacré.
(1) Ouvrage d’abord publié sous le titre « Le défi du XXIe siècle – une vision écologique du monde » aux éditions du Rocher en 1994 et réédité en juin 2002
Le matin, sur le chemin du bureau, j’ai pris l’habitude de m’arrêter dans une épicerie pour acheter quelques produits à emporter pour mon petit déjeuner. J’ai toujours refusé systématiquement d’accepter des sacs plastiques comme emballages, préférant les transporter avec mes mains ou dans du papier (alimentaire) ; ce qui a fini par intriguer les employés forts sympathiques qui me servent habituellement. Car visiblement, ils étaient peu informés et sensibilisés sur la problématique de ces sacs plastiques (en particulier, les fameux sacs plastiques noirs à base d’hydrocarbures très répandus au Cameroun). J’ai donc pris le temps de leur expliquer les dangers de ces plastiques non recyclables, aussi bien pour l’environnement que pour la santé (lire le billet que j’ai écrit récemment à ce sujet). Les sacs plastiques (que je refusais obstinément de prendre) sont d’ailleurs devenu le principal sujet de nos échanges quotidiens d’amabilité.
Je voyais bien qu’ils étaient quelque peu gênés de me voir trimbaler des aliments avec mes mains. Mais finalement mon obstination a payé. Car grande et belle a été ma surprise d’arriver là bas ce matin et me voir proposer, comme emballages, des sacs plastiques recyclables (transparents, à base de polypropylèneW) ! Ils m’ont expliqué avoir eu une discussion avec leur patron, qui a finalement été convaincu, au moins de faire quelque chose pour « ce client qui transporte ses produits à la main ».
J’ai voulu partager ici cette expérience pour vous conforter dans l’idée que de petits gestes individuels, bien qu’ils paraissent, pour certaines personnes, tellement insignifiants, sont nécessaires pour contribuer (chacun modestement à son niveau, autour de lui) à la préservation de l’environnement : c’est la somme de ces gestes et engagements personnels qui construira la société verte de demain. Et surtout, ces gestes individuels, lorsqu’ils sont constants, peuvent susciter l’adhésion des autres.
Voici un outil en ligne qui intéressera et aidera sans doute ceux qui sont à la recherche d’appareils informatiques (micro-ordinateurs, portables, imprimantes, etc.) verts : EPEAT (Electronic Product Environmental Assessment Tool http://www.epeat.net/) ou en français « Outil d’évaluation écologique des produits électroniques ». Cet outil, développé par le Conseil électronique vert (GEC) aux Etats-Unis, attribue des médailles (bronze, argent, or) aux appareils en fonction de leur respect des critères environnementaux (une cinquantaine) définis par les fabricants, des associations écologistes, des organismes de protection de la santé, des consommateurs et des spécialistes du recyclage : efficacité énergétique, utilisation de substances dangereuses, recyclage, etc. Les caractéristiques environnementales spécifiques à chaque pays sont en prise en compte dans l’évaluation. Malheureusement, pour le moment, seuls 40 pays sont concernés, dont aucun pays africain.
Le magazine de vulgarisation scientifique “Sciences et Vie” nous apprend que la firme japonaise de pneumatique, Yokohama, vient de lancer aux Etats-Unis une nouvelle gamme de pneus, fabriqués en utilisant de l’huile d’oranger à la place du pétrole ! Les ingénieurs de Yokohama ont mis au point une formule associant le caoutchouc naturel à l’huile d’oranger extraite de pelures d’oranges, et qui remplace à 80% le pétrole habituellement utilisé. Selon la firme Yokohama, au delà du remplacement du pétrole par une ressource renouvelable, le nouveau modèle de pneus a montré une réduction de 20% de la résistance au roulement, ce qui peut améliorer l’économie de carburant d’environ 4%.
En attendant l’évaluation, par des experts indépendants, du bilan écologique des pneus à base d’orangers par rapport à ceux à base du pétrole (car il faut aussi considérer le coût socio-environnemental de la production et du transport des orangers ainsi que du recyclage des pneus), on ne peut que se féliciter de ce pas supplémentaire en direction des éco-produits.
Une loi sur la limitation de l'usage, l'importation et la commercialisation des sacs en polyéthylène est entrée en vigueur au Rwanda en juin. Cette loi punit les contrevenants des peines allant de 6 à 12 mois de prison et des amendes de 200 à 1000 dollars.
Les sacs plastiques représentent un risque majeur pour l'environnement et la santé. Constitués de polyéthylène, qui est produit à partir des déchets du pétrole, leur temps de biodégradabilité est de plusieurs siècles ; en d'autres termes, le sol met 400 ans selon les experts à les éliminer ! Des évaluations ont montré que des milliers d'animaux marins meurent en ingérant ces sacs (les dauphins, les tortues ou les baleines les confondraient avec les méduses et meurent étouffés en essayant de les manger). Dans la partie Nord sahélienne du Cameroun, l'on a remarqué que pendant la saison sèche, lorsque l'herbe sèche, les bétails se mettent à ingurgiter ces plastiques qui pullulent dans les villes, déplacés par le vent. Les risques des sacs plastiques pour la santé et l'environnement (sols, nappes phréatiques) ne viendraient cependant pas du polyéthylène dérivé du pétrole, mais principalement des encres et additifs utilisés pour teindre le plastique. Ceux-ci comportent des substances nocives comme le dioxyde de titane, voire des métaux lourds comme le plomb, le chrome, le cadmium, dont la dangerosité pour la santé humaine est largement admise et documentée (cancers, atteinte du système nerveux, etc.).
Si l'on peut se féliciter des mesures d'interdiction ou de limitation prises par le Rwanda, la Tanzanie, l'Afrique du Sud et le Kenya, force est de constater que nombreux pays africains n'ont pas intégré ce problème dans leurs préoccupations. Au Cameroun, des pratiques encore plus dangereuses pour la santé se sont même développées : il arrive fréquemment que ces plastiques soient utilisés pour l'emballage des repas chauds comme les beignets et le couscous (alors que, comme je le faisais observer à l'épouse d'un ami, nos parents utilisaient simplement des feuilles de bananiers). Or, la chaleur de ces mets pourrait conduire à la libération des composés chimiques qui constituent le plastique et qui seront, en même temps, ingérés avec les repas. Il est donc temps d'attirer la sonnette d'alarme.
Barack Obama vient d’être élu 44e président des Etats-Unis d’Amérique, la première puissance du monde, qui, que l’on le veuille ou non (et on l’aura mieux compris encore avec Bush), a plus que tout autre pays, le pouvoir de déterminer le destin de notre planète sur le plan géopolitique, économique et écologie, d’inspirer la paix ou la guerre. C’est un moment historique. Qui devrait porter tous les peuples du monde à l'introspection. Qu'une grande nation, qui mit des millions de personnes en esclavage, qui, il y a seulement encore quelques décennies (c’est-à-dire pas grand chose sur l’échelle de l’histoire), refusait les mariages mixtes, pratiquait la ségrégation raciale dans les transports, les écoles, choisisse de porter triomphalement à sa tête un noir (opprimé d’hier), montre que le mal, l'intolérance et les souffrances infligées aux autres ne sont pas nécessairement le destin de l'humanité ; qu'un monde porté par d'autres valeurs est possible. Ceux qui pensent le contraire se sont toujours employés, à dessein, à faire passer les autres pour des naïfs, des idéalistes. Le message donné au monde par ces millions d'américains, qui ont transcendé les préjugés et les haines portés par leurs pères contre une race, est aussi que nous ne devons pas avoir peur d'affirmer notre naïveté et notre idéalisme. Nous devons soutenir que l'intolérance, si souvent érigée en réalité structurante, n'est pas l'unique perspective de l’espèce humaine. Méditons ce message de félicitations de Nelson Mandela à Barack Obama : "Votre victoire démontre que personne dans le monde ne doit avoir peur de rêver de changer le monde pour le rendre meilleur".
C'est un moment historique, car arrivant à une période de doute pour un monde confronté comme jamais à une violence macabre (souvent instiguée d'ailleurs par des Etats démocratiques, et par des groupuscules et des individus mus par un instinct et un dessein de destruction), à une crise écologique grave qui s'accentue, à des inégalités sociales déchirantes, etc. Cette élection, le temps d'un instant, transforme ce doute en espoir. C'est un instant de répit, où nous ne devons pas avoir peur de rêver, d'espérer, quitte à passer pour des naïfs et des idéalistes. Mais nous avons besoin de rêves avec leur part de naïveté, c'est notre opium, notre énergie primaire. C'est aussi grâce au rêve de paix que la guerre froide ne s'est pas achevée dans un apocalypse nucléaire ; au rêve de liberté que le monde s'est affranchi des totalitarismes. Combien, il y a un an, ont pensé naïf de croire que Obama serait élu président des Etats-Unis ? Montrons à nos enfants qu'il n' y a pas que le mal en nous. Il y a aussi cette part de bien que nous devons saisir pour des promesses nouvelles. Le bien peut aussi triompher. Dans quatre ans nous verrons si la promesse née aujourd'hui deviendra réalité. En attendant, laissons nous aller à cette émotion, même jusqu'aux larmes !
Et comme des millions peut être des milliards d'hommes et de femmes dans le monde, je souhaite bonne réussite à Obama. Qu'il n'oublie pas le poids des attentes suscitées, partout, dans de nombreux domaines comme l'écologie pour laquelle je milite. Qu'il ait en esprit que les espérances qu'il a fait naître sont à la hauteur du désaroi des peuples depuis quelques années. Il est vital qu'il en soit aussi à la hauteur.
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