Plus de 15 ans après son initiation, le projet de premier satellite de télécommunications panafricain (RASCOM) connait enfin un heureux aboutissement. Vendredi 21 décembre dernier, ce premier satellite panafricain a été mis en orbite avec succès par la fusée Ariane. Les 45 pays africains qui ont participé à sa mise en place et à son financement verront leurs services de téléphonie fixe, de diffusion de télévision directe et d’accès Internet étendus, en particulier dans les zones rurales. Grandes oubliées de la révolution mondiale des TIC, la plupart des ces zones peinent encore à avoir simplement accès aux chaines nationales de radio ou de télévision. L’exploitation de ce premier satellite (d’autres sont prévus) commencera au premier trimestre 2008 avec l’installation de centres de contrôle au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Libye et en Gambie.
Au delà de la fierté de disposer d’un satellite (indépendance technologique) même sur le tard par rapport à d’autres pays ou régions (mais vaut mieux tard que jamais), rappelons que l’impact économique de ce projet est considérable : l’utilisation de ce satellite permettra aux pays africains d’économiser pas moins de 500 millions de dollars par an, montant qu’ils versaient aux opérateurs étrangers pour le transit de leurs communications, y compris les trafics nationaux et régionaux. Le lancement de Rascom rompt aussi avec le fait qu’en matière de TIC en Afrique, en une dizaine d’années, on a tellement discouru (innombrables colloques, conférences internationales et nationales, discours officiels, etc.) qu’agit effectivement qu’on désespérait de voir se réaliser des projets structurants de grande envergure, permettant de développer concrètement ces technologies.
Une bonne nouvelle donc en cette fin d’année, qui entretient sans doute l’espoir de voir enfin le continent s’approprier ces technologies et les mettre au service du développement économique, social et culturel.
Pour réaliser certains composants électroniques utilisés dans la fabrication des téléphones portables, des ordinateurs, des caméras vidéos mais aussi des systèmes hautement spécialisés comme les satellites et les réacteurs, on utilise un minerai plutôt rare et précieux (ce qui lui vaut le nom d’or gris) : le coltan. Pour certains de ces produits technologiques il n’existe pas d’alternative au tantale extrait du coltan, en particulier pour les appareils de communication sans fil en plein essor. Un reportage de Radio-Canada rapporte qu’en 2000 une pénurie mondiale de tantale empêcha la firme japonaise Sony de fabriquer sa plate-forme de jeu vidéo Play Station 2 en quantité suffisante pour satisfaire la demande.
L’Afrique, à elle seule, posséderait 80 % de ce minerai, réparti notamment dans la zone des grands lacs (les deux Congo – d’où viendrait d’ailleurs le mot coltan - ayant plus de ¾ des réserves africaines). L’Europe et les Etats-Unis principaux consommateurs du coltan n’en détiennent (contrairement au pétrole ou au gaz) aucune réserve. Le rôle clé du coltan dans les secteurs économiques les plus florissants au monde depuis une quinzaine d’années, qui génèrent des chiffres d’affaires astronomiques (des centaines de milliards de dollars par an), aurait donc pu permettre aux pays africains producteurs de peser sur les marchés parmi les plus stratégiques et juteux de planète et de disposer d’une source de revenus importante pour leurs économies. Mais comme toujours en Afrique, ce minerai sème plus de désolation que de valeur ajoutée économique et sociale.
Une enquête diffusée récemment sur Canal + s’est intéressée à la production et au commerce du coltan au Congo (RDC). Elle montre que l’exploitation, faite de manière artisanale, emploie des adolescents qui travaillent sans aucune sécurité, alors que le minerai est radioactif (il contient l’uranium à petites doses). De plus, elle se fait essentiellement dans les zones de guerre, en particulier celles tenues par les rebelles. Ces derniers sont les véritables bénéficiaires de l’envolée des prix du coltan au cours de ces dernières années, consécutive à l’explosion de la téléphonie mobile (plus de 3 milliards de mobiles fonctionneraient dans le monde). Ce qui, comme les diamants du Libéra, leur permet de financer la guerre, une guerre qui dure depuis une dizaine d’années et qui a causé la mort de plus de trois millions de personnes, des atrocités qualifiées de véritables crimes contre l’humanité, la dévastation des écosystèmes forestiers et certains animaux comme les gorilles. Pour certains analystes, le coltan serait l’un des enjeux de la régionalisation du conflit du Congo avec l’implication des pays comme le Rwanda et l’Ouganda.
Vivement que des mécanismes internationaux effectifs se mettent en place pour contrôler la production et la commercialisation du coltan au Congo, que « nous touchons » d’une certaine manière à travers nos portables ou nos ordinateurs, afin qu’il ne devienne pas le « coltan du sang » comme les « diamants du sang » (« blood diamonds ») du Liberia et de la Sierra Léone ! Et que quelques uns d’entre nous, acquéreurs ou utilisateurs de téléphones mobiles, ne se sentent pas indirectement complices du commerce d’un minerai qui finance encore la mort au Congo.
Lire l’excellence enquête « La route commerciale du coltan congolais : une enquête » du GRAMA (Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique) : http://www.unites.uqam.ca/grama/pdf/Martineau_coltan.pdf
J'ai participé, au cours de ces dernières semaines, dans le cadre du Réseau d'Information pour le Développement Durable en Afrique Centrale (RIDDAC), à l'élaboration et la publication d'un recueil de textes juridiques sur les forêts et l'environnement au Cameroun. Cet ouvrage, qui a été présenté le 28 juin dernier au Centre Culturel Français de Yaoundé, est une compilation des lois, décrets, arrêtés et décisions ministérielles pris depuis une dizaine d'années pour réglementer la gestion des écosystèmes forestiers, la biodiversité et l'environnement au Cameroun.
Un des aspects de ces lois qui m'a singulièrement frappé est le régime de sanctions particulièrement sévères qu'elles prévoient contre les auteurs des atteintes à l'environnement et des pratiques d'exploitation frauduleuse et abusive des ressources naturelles. Dans la plupart des cas, ils sont passibles de peines privatives de liberté et/ou des amendes qui vont à des dizaines de millions de FCFA. Tenez par exemple : « Est punie d'une amende de cinquante millions à cinq cent millions de FCFA et d'une peine d'emprisonnement à perpétuité, toute personne qui introduit des déchets toxiques et/ou dangereux sur le territoire camerounais » ; ou encore : « Est punie d'une amende d'un million à cinq millions de FCFA et d'une peine d'emprisonnement de six mois à un an ou de l'une de ces deux peines seulement, toute personne qui pollue, dégrade les sols et sous-sols, altère la qualité de l'air ou des eaux, en infraction aux dispositions de la loi sur l'environnement. En cas de récidive, le montant maximal des peines est doublé ».
N'ayant jamais lu ces textes de lois jusqu'ici (bien que militant depuis une dizaine pour la cause écologique, c'est-à-dire environ l'âge qu'ont ces lois), j'ai été surpris, de lire que l'on peut faire de la prison à vie en portant atteinte à l'environnement au Cameroun ! Ceux à qui j'en ai parlé autour de moi (y compris des membres des ONG et des associations environnementales) se montraient encore plus interloqués.
Je me réjouis naturellement du fait que le législateur ait accordé aux atteintes à l'environnement les mêmes réponses pénales et civiles que les crimes les plus crapuleux. Seulement en poussant mes recherches plus loin je me suis rendu compte qu'aucune sanction de ce type n'a jamais été prise par une juridiction camerounaise. Pourtant, des villes comme Douala ont souvent servi de dépotoir des déchets toxiques introduits sur le territoire en violation de la loi ; dans cette même ville, des usines (brasseries, savonneries, sucreries, etc.) polluent sans êtres inquiétées. Un exemple récent : en 2005, 5.600 litres de chlore avaient été abandonnés dans un village de la banlieue de Douala. Pour s'en débarrasser, les autorités avaient choisi de dissoudre le chlore en mer mais l'opération a viré au drame: un soldat a été tué et une dizaine d'autres blessés lors d'une explosion accidentelle. Aucune poursuite judiciaire ne fut engagée.
On peut donc déplorer la non-application des lois forestières et environnementales censées être des instruments fondamentaux pour lutter contre la surexploitation actuelle des ressources naturelles et les pollutions et autres dégradations de l'environnement. D'où l'appel à des mesures politiques et institutionnelles pour que la loi soit appliquée.
De manière générale et plus globale, ce type de difficultés illustre bien le décalage qu'il y a aujourd'hui entre le discours politique national et international, les engagements que la communauté internationale ne cesse de prendre depuis au moins 35 ans avec la Conférence de Stockholm de 1972 (traités, conventions, déclarations, législations nationales, etc.) et les réalités sur le terrain qui n'évoluent pas beaucoup. Les lois nationales, les traites et conventions internationales n'ont de sens et d'intérêt pour la société que si elles peuvent apporter des réponses concrètes à des crises comme celle vers laquelle l'humanité fonce à grande vitesse.
Yaoundé, la capitale du Cameroun, vit à nouveau des délestages électriques. Pour faire simple, ces délestages sont la conséquence directe du déficit de l'offre de l'énergie dont souffre le pays depuis quelques années, faute d'avoir anticipé la demande (dont la croissance était pourtant prévisible à cause des facteurs tels que la poussée démographique) ou d'avoir diversifié les sources de production de l'électricité, en misant par exemple sur les énergies renouvelables comme le solaire (soulignons qu'avec une moyenne d'ensoleillement doublement supérieure à celle de nombreuses régions dans le monde, l'Afrique est le continent le mieux dotée pour tirer parti de l'énergie solaire). Ce déficit conduit donc la société nationale d'électricité à rationaliser la distribution. Résultat, des quartiers entiers de la ville se retrouvent privés d'électricité durant des heures et presque quotidiennement pour certains d'entre eux. Mais ce rationnement de l'énergie électrique ne se limite plus à la ville de Yaoundé : il touche aujourd'hui de nombreuses autres grandes villes d'Afrique subsaharienne (Dakar, Cotonou, Conakry, Douala, Accra, etc.) et est encore plus systématique dans les villes secondaires. Ainsi, comme des millions d'autres citadins africains, je broie du noir (hier la coupure à durée de 13h à 01h du matin !) et j'ai d'autant plus de mal à supporter cette situation qu'utilisant essentiellement l'ordinateur comme outil de travail, mon rythme de travail s'en trouve considérablement affecté. Aux coupures s'ajoutent d'ailleurs d'autres perturbations comme les surtensions qui m'ont déjà coûté un onduleur.
Parlant justement de l'ordinateur, lorsqu'on s'ennuie fiévreusement, non sans pester contre « le système », à regarder son outil de travail éteint durant des heures à cause du rationnement de l'électricité, lorsque des sites web que l'on héberge se retrouvent régulièrement indisponibles faute de courant électrique, on mesure mieux cette assertion qui va pourtant de soi : les TIC ne marchent pas sans électricité ! Mais si cela paraît tellement évident que l'on finit même par l'oublier dans les pays développés où ces problèmes ont été réglés (au moins pour ce qui concerne la satisfaction quantitative de la demande) depuis un ou deux siècles, il est surprenant de constater que les politiques TIC en Afrique effleurent à peine les facteurs sociopolitiques et culturels ainsi que les conditions technologiques de base et structurantes qu'il faut maîtriser au préalable, pour amorcer un développement réel et non en trompe l'oeil de ces nouvelles technologies. J'ai été presque stupéfait de constater que le problème de l'énergie n'apparaissait nulle part dans le Plan d'action de Génève et l'Agenda de Tunis sur la société de l'information qui se focalisent pourtant sur les pays du Sud. Or ce Plan parle de connecter des villages en Afrique, de créer des télécentres communautaires dans les zones rurales, alors que dans la capitale d'un pays comme le Cameroun, je dois croiser les doigts à longueur de journée pour qu'une coupure de courant électrique ne viennent pas me déconnecter d'Internet !
On n'a jamais parlé de la « fracture énergétique » entre le Nord et le Sud avec autant de ferveur que de la « fracture numérique ». Il n' y a pas eu dans l'histoire des Nations unies un Sommet mondial sur l'energie, à la dimension des deux (!) consacrés à la société de l'information à Génève (2003) et à Tunis (2005). Pourtant cette fracture énergétique est toujours là, deux siècles après la mise en place des premiers réseaux de distribution de l'électricité au Nord ! Loin de moi l'idée de considérer que nous devons attendre de maîtriser l'infrastructure énergétique avant d'amorcer le développement des TIC. Cependant, il n'existe pas de saut technologique possible entre l'électricité et l'informatique et Internet. Ces dernières technologies sont totalement dépendantes de la première qui doit être maîtrisée en amont, sans aucune alternative possible. Je n'hésite donc pas à dire que la question de l'énergie est prioritaire par rapport à celle des TIC et que cela devait se traduire dans la programmation des ressources propres ou extérieures des pays par une affectation plus importante des moyens disponibles au développement quantitatif et qualitatif de l'offre, au détriment des TIC si nécessaire. Car, c'est même un préalable au développement des TIC en Afrique.
Mon blog est désormais fonctionnel ! Je le dois à François Ossama, le Président du Riddac à qui je dis merci pour cette tribune. Je souhaite y partager avec vous ma passion pour mon métier, la documentation, mais aussi mon point de vue sur les questions environnementales, culturelles, politique, etc, qui rythment notre époque.
Je souhaite surtout apporter un autre regard sur les métiers de l’information documentaire, un point de vue plus africain. L’Afrique, avec sa culture de l’oralité qui fait que les métiers de l’information documentaire qui reposent sur le document, l’écrit, sont un peu considérés comme les métiers des autres. Mais l’oralité de nos traditions ne peut à elle seule expliquer le peu d’intérêt accordé aux métiers de l l’info doc.
La documentation est pour l'opinion, avec certaines autres disciplines telle la psychologie, des métiers « contournables ». C'est-à-dire sans lesquelles la société peut continuer de fonctionner. A la différence d’autres métiers dits incontournables. Par exemple, on a indiscutablement besoin d’un médecin pour se soigner, d’un gendarme pour assurer l’ordre public, d’un enseignant pour instruire les masses etc. Pour beaucoup chez nous, la documentation s’apparente à un métier de luxe. Qui peut intervenir à la fin, après que l’on se soit occupé de ce qui est primordial.
Seulement, que seraient les médecins et les universités qui forment médecins et enseignants sans bibliothèques. Que serait le gendarme sans les fichiers d’archives ? C’est d’une transformation des mentalités qu’il s’agit, pour donner à ces métiers la place primordiale qu’ils méritent au sein de nos sociétés.
Est-il besoin de faire un discours sur l'utilité de l'ordinateur en 2007 ? Peut être pour insister sur son utilité socioculturelle ou politique, le formidable moyen d'expression qu'il représente désormais pour chacun d'entre nous, le contre-pouvoir qu'il n'est plus que potentiellement, mais de plus en plus effectivement face aux médias traditionnels. Le petit citoyen du monde que je suis, vivant dans un pays qui ne compte pas grand-chose sur la scène internationale a, avec ce blog, la chance extraordinaire de parler en toute liberté et autant qu'il est inspiré à des milliers de gens de nombreux pays (si je m'en tiens aux statistiques de connexion), qui peuvent eux aussi prendre la parole ici en réagissant (commentaires). Je n'aurai probablement jamais eu cette opportunité sans cet ordinateur connecté à Internet.
J'aurai également aimé m'arrêter sur cette note optimiste, mais à la suite de la publication, début avril, du Guide pour une high-tech responsable de Greenpeace, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que, malgré tout ce qu'il a apporté aux sociétés humaines, en moins de 75 ans seulement d'existence, l'ordinateur, n'échappe pas à cette sorte de fatalité qui veut que même nos intentions et actions les plus généreuses, qui ont inspiré découvertes et inventions décisives pour l'humanité, aient leur revers. Le « revers écologique » de l'ordinateur, son coût environnemental, a été rappelé il y a quelques années dans un ouvrage de référence « Computer and the environment : Understanding and managing their impacts » de deux chercheurs, Eric Williams et Ruediger Kuehr, de l'université des Nations unies. Cet ouvrage nous apprend qu'un ordinateur standard de 24 kg a nécessité 1,8 tonne de matériaux dont 240 kg d'énergie fossile (ce qui correspond à 312 litres de pétrole environ et représente 10 fois le poids de l'ordinateur), 22 kg de produits chimiques et 1500 litres d'eau (soit près d'un semestre de consommation d'eau d'un éthiopien). En combinant le coût énergétique de leur fabrication à celui d'une durée d'utilisation moyenne de trois ans, les deux chercheurs arrivent à la conclusion que l'ensemble des ordinateurs du monde consomment autant d'électricité que le Brésil et ses 190 millions d'habitants. A cela s'ajoutent la pollution due aux substances chimiques comme le mercure ou le plomb utilisées pour la fabrication des composants, ainsi que les risques sanitaires liés à ces substances.
Les constructeurs de matériels ont une responsabilité de premier ordre dans la gestion de ce problème, car, à terme, les réponses à mettre en oeuvre et les efforts à réaliser pour le résoudre sont d'ordre technologique, industriel et commercial. Ils vont de l'élimination de certains matériaux toxiques dans la fabrication des composants (dépollution à la source ou éco-conception) à la mise en place de services de reprise et de recyclage dans les pays où sont commercialisés les matériels informatiques. C'est ce qui a conduit Greenpeace à publier annuellement un classement des entreprises de la High-tech qui note les bons et les mauvais élèves en matière écologique. Indexé en cette année, Apple est accusé par l'ONG internationale de manquer de transparence dans sa politique d'utilisation des substances toxiques et de gestion des déchets.
Cependant, même si les constructeurs sont interpellés au premier chef (évidement les gouvernements aussi qui doivent élaborer les normes et les faire appliquer), n'oublions pas que nous sommes tous, chacun dans espace personnel, dans « sa part du monde », partie prenante dans la résolution de la crise écologique majeure qui menace notre planète et la vie. Renversons la célèbre métaphore de l'effet papillon (le battement d'ailes d'un papillon au Brésil qui provoque une tornade au Japon) pour dire que les gestes écologiques simples que nous pouvons faire dans notre environnement immédiat valent leur pesant d'or dans la préservation ou la réparation de l'environnement mondial. Ne les sous-estimons pas ! Pour les utilisateurs d'ordinateurs, il y a des gestes, des habitudes pouvant contribuer à réduire les effets nocifs de l'ordinateur sur l'environnement. Je vous invite à adopter ces quelques gestes que j'ai recencés sur Internet.
A lire sur les gestes écologiques :
En rentrant chez moi hier soir j'ai été fort irrité de trouver que mes petits frères ont décidé d'abattre un goyavier qui se trouve, avec d'autres arbres fruitiers, à l'entrée de notre maison. « Pourquoi l'avez vous abattu ?» leur ai-je demandé. « C'est parce que c'était acide (les goyaves) et on ne voyait pas à quoi ça servait »! Ce qui me frappait davantage et m'énervait tout aussi c'était de lire sur les visages la surprise devant ma réaction : tout ça pour un petit arbre semblaient t-ils dire. Alors, je leur ai demandé s'il était possible de faire pousser ce « petit arbre » en quelques minutes, c'est-à-dire le temps qu'ils ont mis pour l'abattre. Et ensuite en quoi la présence (l'existence, la vie) de ce goyavier était-il un problème pour la leur ? Bien sûr je n'ai pas eu de réponse. Or peut être aurions-nous moins d'inquiétudes aujourd'hui sur le devenir de notre planète si nos rapports avec la nature intégraient ce questionnment qui me paraît fondamental.
En effet, cette façon de ne pas mesurer la valeur des autres vies (végétales, animales, etc.) qui nous entourent et qui contribuent à maintenir la nôtre traduit bien le rapport de mépris persistant que nous entretenons avec la nature et qui nous a conduit à l'impasse actuelle. On coupe un arbre en quatre ou cinq minutes sans même se rendre compte qu'il a pris des années à grandir, à essayer de vivre aussi, qu'il joue, in fine, un rôle sans doute ingrat dans la préservation des conditions naturelles qui permettent à la vie humaine de se maintenir sur la terre. Si l'on se disait que l'arbre est aussi une vie alors peut être le couperions-nous seulement par nécessité, c'est-à-dire si c'est utile à notre vie. Et il faut dire ici que la notion de nécessité ou de besoin n'est pas aussi relative qu'on le pense, dès lors qu'on peut s'accorder sur le fait qu'il existe bel et bien au plan biologique des besoins élémentaires nécessaires à la vie, indépendamment du contexte social ou culturel. Par conséquent, si l'on adopte une attitude écologique alors il faut avant tout situer le besoin ou la nécessité sur le plan biologique. Faire rentrer ces notions dans le champ psychologique ou le contexte socioculturel comporte des risques de glissements qui sont difficiles à maîtriser.
C'est forcément plus affligeant lorsque les jeunes perpétuent ce mépris pour la nature. Peut être le font-ils aussi par ignorance. C'est pour cela que j'ai essayé une démarche pédagogique en faisant comprendre à mes jeunes frères l'importance d'un arbre, même s'il produit des fruits acides ! Je leur ai dis qu'il n'y a aucune raison d'ôter une autre vie tant que cela n'est pas nécessaire pour notre survie. Lorsque nos ancêtres tuaient un animal, ils s'inclinaient devant la dépouille et demandaient pardon en expliquant qu'ils l'ont fait par nécessité, pour s'alimenter. C'est ce respect qu'ils avaient pour la vie qui nous a permis d'hériter d'eux cette diversité de minéraux, de plantes, d'animaux dont la musicalité des interrelations maintient l'équilibre de notre planète. J'espère leur avoir fait comprendre, et peut-être aussi à d'autres jeunes qui liront ce blog qu'il faut couper un arbre (si insignifiant paraît-il) lorsque c'est nécessaire, mais mieux encore il faut en planter.
Une révision du produit intérieur brut (PIB) du Brésil pour l'année 2006 montre qu'il dépasse les 1000 milliards de dollars : huitième économie mondiale avec ce chiffre, le Brésil se rapproche désormais ... de la France (en septième place) ; le ministre Brésilien des finances s'est fièrement réjoui, alors qu'il annonçait le PIB le 21 mars dernier, de ce que son pays talonnait la France. "Maintenant, le G8 comprend le Brésil" s'est-il écrié. Même si ces chiffres ne traduisent pas encore des avancées décisives par rapport aux difficultés sociales considérables dans ce pays (éducation, jeunesse, sécurité, etc.), ils montrent néanmoins qu'une dynamique d'émergence y est en cours, comme la Chine et l'Inde, et avant eux la Corée du Sud, Taiwan, Singapour, etc. Ces exemples montrent que le sous-développement n'est pas une fatalité et que malgré les injustices incontestables du système économique mondial, la marche des peuples contre la pauvreté, leur aspiration au progrès, leur rêve de bien être se transforment en réalité, dès lors qu'ils s'efforcent, eux-mêmes, d'enclencher et de maintenir de générations en générations l'effort de construction de cette réalité. Comme le disait Axelle Kabou dans son livre « Et si l'Afrique refusait le développement ? », tout peuple est en premier et en dernier ressort responsable de son histoire. Ni les chancelleries occidentales, ni la Banque mondiale et le FMI n'ont décrété à moment donné que la Chine serait en 2006 la 4e économie mondiale, que le Brésil dépasserait le Canada, que les grandes entreprises américaines ou britanniques de high-tech seraient dès la fin des années 90 à la chasse des ingénieurs indiens.
La question fondamentale, presque existentielle, qui taraude l'esprit de l'africain que je suis, c'est comment expliquer que des pays comme la Corée du Sud, qui, il y a 40 ans seulement (40 ans c'est-à-dire pas grand-chose sur l'échelle de l'histoire !), alignaient le même PIB que le Congo (ex-Zaire - un pays doté d'un potentiel naturel inouï), accordent aujourd'hui des prêts aux Etats africains pour construire des écoles, des routes et des hôpitaux ? Que ces pays souvent dépourvus de matières premières atteignent aujourd'hui le niveau de développement scientifique, technologique et économique des pays occidentaux, dont on disait vers les années 60 qu'ils avaient des centaines d'années d'avance sur les autres ?
Je me rappelle la tentative de vente de l'entreprise française Thomson Multimédia (« une perle de la technologie française » comme disaient certains) au sud-coréen Dawoo qui se transforma, en 1996, en une affaire nationale en France. Je ne m'intéressais pas au débat politico-industriel qui secoua le microcosme politique français, mais plutôt au fait qu'une entreprise d'un pays que l'on classait trente ans plus tôt derrière certains pays africains dans l'analyse du potentiel de développement des pays sous-développés, était capable de reprendre le fleuron technologique d'une des premières nations industrialisées du monde. Alors, en regardant la situation actuelle de l'Afrique je ne peux m'empêcher de me demander "What Went Wrong" ((comme disent les anglophones) ?
Les déchets issus des innombrables équipements électroniques qui meublent notre cadre de vie (ordinateurs, écrans, téléphones portables, lecteurs MP3, etc.) s’évaluent désormais à des dizaines de millions de tonnes par an et représentent plus de 5% des ordures municipales selon l’ONU, qui vient de lancer un programme mondial appelé StEP (Solving the E-Waste Problem, résoudre le problème des déchets électroniques). En 2006, les pays de l’Union Européenne ont produit plus de six millions de tonnes de déchets électroniques (e-déchets) ; aux Etats-Unis entre 14 et 20 millions d’ordinateurs sont jetés aux ordures chaque année. La situation devrait empirer dans les années à venir : le volume des e-déchets est celui qui connaît la plus forte croissance, tirée par la frénésie ambiante pour les produits High-tech.
Le problème posé par les e-déchets serait moins grave s’il n’était que d’ordre volumétrique ou quantitatif. Mais les composants électroniques qui sont utilisés dans ces équipements sont constitués de produits toxiques, polluants pour l’environnement et dangereux pour la santé. Les produits comme le mercure, le cadmium, le plomb, et autres métaux lourds sont de véritables poisons pour l’environnement (air, sols, nappes phréatiques) et les personnes qui entrent en contact avec eux. Ainsi par exemple, le plomb et le mercure que l’on trouve dans le microprocesseurs, peuvent avoir des effets nocifs sur le cerveau et le système nerveux et sont particulièrement dangereux pour les femmes enceintes et les jeunes enfants. Dans les pays développés, on essaie de traiter ce problème par des mesures juridiques et un effort technologique : adoption d’une directive sur les déchets des équipements électriques et électroniques (DEEE) en Europe ; interdiction de certains déchets électroniques dans les décharges dans certains Etats américains, etc.
Mais malheureusement, et comme c’est souvent le cas, la solution des pays riches à ce genre de problèmes prend souvent aussi le détour de la Chine, de l’Inde ou des pays africains (rappelez vous l’affaire des fûts des déchets radioactifs en Somalie, ou celle plus récente des déchets toxiques provenant d’Europe et déversés dans les décharges d’Abidjan, entraînant 7 morts et 37 000 consultations). C’est ainsi que l’Afrique devient un dépotoir des e-déchets : selon Basel Action Network (BAN), une ONG internationale qui lutte contre le commerce et le trafic des matières toxiques (ce qu’elle appelle « commerce toxique »), 400 000 ordinateurs et écrans usagés, en divers états et de tous âges, entrent au Nigeria chaque mois. Sous le prétexte des dons, des milliers d’ordinateurs obsolètes sont déversés dans des pays qui ne disposent pourtant d’aucune capacité de recyclage (dont la maîtrise reste complexe sur le plan technologique). Lorsque qu’une amie responsable d’une association féminine au Cameroun (dont le RIDDAC assure l’hébergement du site) m’appela il y a deux ans pour l’aider à installer des ordinateurs qu’elle venait de recevoir d’un don, grande furent notre surprise et notre déception de constater que sur les 8 ordinateurs reçus, un seul (qui était par ailleurs une machine IBM des années 80) démarrait !
Il devient donc urgent d’appeler les africains à une prise de conscience sur les risques environnementaux et sanitaires des e-déchets, en rappelant par ailleurs qu’il existe une convention internationale (la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination), qui s’applique à ce type de déchets.
Quelques liens intéressants au sujet des déchets électroniques :

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